Extrait 4

Ellie passa sa carte ImagineR sur la borne et poussa le portail. Attendit le métro, entra dedans, se sentit poussée vers le fond, suivit le mouvement de la foule et se retrouva portée au fond du wagon. Elle alluma son Ipod et mit en route la liste des 25 morceaux les plus écoutés. Arriva à Commerce.

« Ellie ! Tu es en avance. Tiens, ton tee-shirt.

_ Merci. »

Ellie se mit à son poste derrière le bar du café, rangea quelques verres, en essuya quelques autres que lui donna Manon et s’assit derrière le comptoir avec un café au lait. Ajouta deux sucres, remit une cuillère de lait.

« Au fait, Manon, je t’ai raconté à propos de mon voisin d’en face ?

_ Celui qui cuisine à poil sous son tablier ?

_ Non. L’autre. Celui dont la chambre est juste en face de la mienne.

_ Non. Vas-y, dis ! Alors quoi ? demanda Manon en émiettant un bout de pain au dessus de l’évier.

_ Un mec de 19-20 ans, genre grand, musclé, brun, barbe de trois jours à la Dr House, t’imagines même pas.

_ Moi tu sais, ce n’est pas trop mon truc les mecs comme ça. Moi, je préfère les beaux blonds aux yeux bleus, lui dit-elle avec un clin d’œil.

_ Ah oui. Moi… »

Manon secoua la tête d’un air entendu. Un client entra et commanda un cappuccino.

« Regarde moi ça… En été, les mecs sont tous en bermuda, c’est incroyable. »

Comme pour illustrer ses propos un homme portant un bermuda en lin bleu entra juste à ce moment là.

Ellie regardait les passants marcher dans la rue derrière le comptoir en sirotant une limonade. La journée passait lentement, trop lentement. Il y avait peu de clients, au mois d’août. Le temps s’écoula, monotone, et la journée finit aussi lentement qu’elle avait commencé. Vers six heures, Ellie reprit le métro, rentra chez elle.

« Élisabeth, ta journée de travail ? Ca c’est bien passé ?

_ Oui. Maintenant, si tu permets, je vais prendre une douche. »

Ellie prit la serviette accrochée à la patère et la roula en boule. La lança contre la porte dans un spasme de violence incontrôlée. Elle avait envie de tout casser. De donner des coups de pieds dans les murs, dans les meubles, de lancer tous les objets solides contre la porte. Envie de se défouler. Mais elle se retint. Comme d’habitude. Reprit sa serviette, la balança derrière son épaule et ferma sa porte à clé en sortant.

« Tu vas à la piscine Lili ?

_ Ne m’appelle pas comme ça. Ajmaëlle, punaise, t’es revenue ?

_ Oui, cet après-midi. Alors ? Qu’est ce que tu fais ?

_ Douche.

_ Et tu fermes ta porte ? Sérieusement ! C’est ridicule. »

Ajmaëlle rigola. Elle avait un rire frais, gai. Elle prit la main d’Ellie et l’entraîna dans sa chambre. Toutes les fenêtres étaient ouvertes en grand. Ajmaëlle ouvrit le frigo et en sortit deux bouteilles de Desperados.

« Sérieusement, Aj, tu as oublié que je n’ai que seize ans ! Céline ne serait pas contente de savoir que tu fais boire ta sœur !

_ Presque dix-sept voyons ! Pourquoi tu l’appelles Céline ? Ellie ? Tu aimerais que ta fille t’appelle Élisabeth ?

_ Dix-sept dans neuf mois, Aj. Et la question ne se pose pas. Je n’ai pas de filles. Et si j’en avais, jamais je ne me comporterais avec elle comme maman se comporte avec moi. »

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