Extrait 2- Suite

 

Elle entendit des pas derrière elle. Se retournant elle aperçut Emma, sa cousine. Elle tenait deux coupes de glace à la main.

« Tu es ridicule, Ellie. Tiens, je t’en ai quand même apporté, j’ai pris de la Hagen Daäzs dans le congélo.

 

_ Non, mais je ne mangerai pas de ta glace, sinon les gens vont croire…

_ Attends, tu voudrais te priver de glace juste par fierté ? C’est débile, lâcha Emma d’un ton sec avec un petit rire moqueur. Mais ne t’inquiètes pas, je l’ai prise sans que les autres s’en rende compte.

_ Bon. Merci. »

Emma était petite, très fine, on aurait dit une plume, et blonde. Ses yeux bleus qu’elle cachait derrière de lourdes lunettes en plastique noir, paraissaient presque liquides au soleil. Ellie était secrètement jalouse d’elle. Emma avait toujours été gâtée. Elle avait toujours été encensée par ses parents. Et par ceux d’Ellie aussi d’ailleurs. On lui avait souvent répété Emma fais ci, Emma fait ça, fais comme elle, et tu réussiras. Emma portait ce jour là un chemisier Levis blanc cintré, un jean slim bleu et des ballerines Chanel noires et blanches à carreaux matelassés. Elle surprit le regard de sa cousine et lui saisit la main.

« J’ai quelque chose pour toi. »

Ellie se laissa faire et fut tirée jusqu’à la chambre d’Emma. Celle-ci sortit un chemisier en satin marron avec des fermoirs en forme de petite boule dorée qui descendaient le long d’un col en V.

« Tiens. Je n’en veux plus, c’est maman qui me l’a acheté, je ne l’aime pas. Enfin, pas sur moi, se reprit-elle.

_ Ca vient…

_ De chez H&M, je sais je l’ai remarqué une fois en y allant. Il est magnifique, merci beaucoup.

_ De rien. Je te laisse l’essayer, je vais rejoindre les autres. Ha, et une fois que tu auras fini ta glace, mets la coupe dans le lave vaisselle sans passer par la case tantine, hein ? Je ne voudrais pas me faire attraper.

_ Pas de problème. Merci, répondit Ellie en regardant sa cousine s’éloigner. »

Elle serra dans son poing le chemisier et alla le ranger dans son sac. C’était la première fois qu’elle entrait dans la chambre de sa cousine depuis qu’elle avait emménagé à Aix. C’était une pièce lumineuse, rangée. Froide. Chaque objet était à sa place, les meubles en bois blanc étaient impeccables, pas une trace de poussière. Il flottait dans l’air une légère odeur de Miss Dior Chérie. Le parfum d’Emma. Ellie repéra le flacon posé sur un petit guéridon dans un coin et s’en vaporisa un peu sur le poignet. Elle aimait bien ce parfum.

« Élisabeth !  On y va ! »

C’était Céline. Sa voix, faussement joyeuse, cachait mal l’orage qui se préparait.

« J’arrive maman, j’arrive ! »

Ellie courut chercher son sac dans le salon et rejoignit ses parents dehors.

« Je suis là. On y va ?

_ Embrasse ta tante, dis lui merci. »

Ellie se tourna vers Anne, et souriant, s’exécuta.

« Je t’embrasse, merci ma tante. C’était agréable, et tout à fait distrayant. »

Anne fronça les sourcils, perplexe, recula et fit un signe de la main à sa sœur. Céline s’approcha.

« Ta fille… En pleine crise d’adolescence… Resserrer les boulons… Fais attention avec celle-là. 

_ Au cas où vous ne l’auriez pas imaginé, « celle-là » vous entend. Ne t’inquiètes pas, tantine, je ne dépasserai pas les bornes. Ellie sourit, amusée par la bêtise des deux femmes. »

Céline et Anne haussèrent les sourcils à l’unisson et se firent leurs adieux rapidement. Une fois dans la voiture, Céline expliqua en long en large et en travers à sa fille les différentes raisons pour lesquelles le comportement qu’elle avait eu durant ce dîner était insultant pour elle, la honte qu’elle lui infligeait, jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’Ellie n’entendait rien, ayant son Ipod dans les oreilles, frappe le volant violemment, donnant un coup de klaxon en plein milieu de l’autoroute. Pour rien. 

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